ALLÈGEMENT DE LA DETTE DES PAYS LES PLUS PAUVRES DONT LA GUINÉE-BISSAU : Les recommandations de Dr Aliu Soares Cassamá au gouvernement

Le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a approuvé le 1er avril dernier un allègement de la dette des pays les plus pauvres du monde, dont la Guinée-Bissau, afin de dégager des ressources financières pour le secteur de la santé et pour le soutien social et économique, contribuant ainsi à atténuer l’impact de la pandémie de Covid-19.

Une très bonne nouvelle, en effet, car l’économie guinéenne n’a pas de coussin de résilience pour faire face aux conséquences de cette crise sanitaire sans précédent dans l’histoire de notre pays. Dans notre cas, les revenus sont en baisse depuis le début de la pandémie.

La conséquence immédiate est que l’État est moins à même de faire face aux dépenses courantes du pays et aussi moins à même de réaliser les investissements publics dont le pays a tant besoin.

Le FMI, dans le cadre de ses attributions, exige une garantie de transparence dans la gestion des affaires publiques, sans laquelle il n’accordera pas de financement ou d’aide visant à reconstruire les économies. Il est difficile d’obtenir du ministère des finances des données actualisées sur le paiement de la dette publique par créancier.

Il ne faut pas regarder la dette par son stock mais par sa liquidité, c’est-à-dire par la manière dont elle est remboursée. Actuellement, la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), la Banque mondiale (BM) et la Banque africaine de développement (BAD) sont les principaux créanciers de l’État bissauguinéen.

Un premier commentaire concernant cet allégement est qu’il ne semble pas suffisant pour avoir un impact structurant car il semble indiquer seulement un report ou un gel des paiements pendant un certain temps.

La question qui se pose est alors la suivante : C’est un soulagement, certes, mais serait-il possible d’exécuter le budget (dont le déficit s’élève à 110 milliards de FCFA) sans ce moratoire ? Et qu’est-ce que cela signifie dans la pratique ? Les paiements sont-ils suspendus ? Les intérêts courent-ils pendant la suspension de paiement ? Au même rythme ?

Mais ce n’est même pas l’aspect le plus pertinent. Ce qui nous intéresse le plus, c’est que la Guinée-Bissau ne figure pas sur la liste des pays « pardonnés » par le FMI, et qu’elle conserve donc le poids de sa dette. En soi, l’absence de la Guinée-Bissau de cette liste n’est pas un aspect négatif, mais plutôt une reconnaissance de la force et de la capacité de l’économie et du gouvernement de la Guinée-Bissau.

La Guinée-Bissau ne figurant pas sur la liste des « pardons » du FMI, le gouvernement de M. Nuno Gomes Nabian devrait saisir cette occasion pour repenser le service de sa dette. Le professeur d’introduction à l’économie de l’Université catholique portugaise, César das Neves, a déclaré que le pays n’aura pas besoin de « pardons » car il n’est pas classé « poubelle » et, en ce sens, c’est le moment de prendre des mesures de négociation pour alléger le poids de cette dette sur la richesse nationale.

C’est également le moment de procéder à une révision globale de la dette publique de la Guinée-Bissau et de vérifier concrètement les situations dans lesquelles il a pu y avoir des inconvénients à contracter la dette publique.

RECOMMANDATIONS AU GOUVERNEMENT

– La première de ces initiatives devrait être la transformation de la dette à court terme en dette à long terme avec des taux d’intérêt plus bas. Le gouvernement devrait lancer un programme de swap de dettes, c’est-à-dire que s’il doit payer x aujourd’hui, il paiera ce x dans 10 ans, en garantissant des taux d’intérêt bas dans ce swap, et en soulageant ainsi le trésor public ;

– Le gouvernement devrait négocier avec les pays qui se sont déjà montrés disposés à soutenir la résolution du FMI, comme le Royaume-Uni, le Japon, la Chine et les Pays-Bas, en rééchelonnant également la dette envers ces pays.

NOTES FINALES : LA VOIE DE LA REPRISE ÉCONOMIQUE

Il est important que le gouvernement de Guinée-Bissau continue à stabiliser l’économie, à maîtriser l’inflation, à accroître le dynamisme des réformes et à préserver la stabilité financière. Il est également crucial de poursuivre les réformes structurelles telles que la privatisation, l’amélioration de la gouvernance des entreprises publiques et le renforcement des cadres juridiques.

Ces réformes contribueront à améliorer l’environnement des affaires et ouvriront la voie aux investissements directs étrangers et à une diversification économique qui favorise la croissance et évite un endettement débridé et irrationnel.

Rappelons qu’en janvier dernier, le Tchad est devenu le premier pays africain à demander un allègement de sa dette selon les termes convenus en novembre 2020 avec le G20, ce qui implique que ceux qui bénéficient d’un moratoire sur la dette fiscale, c’est-à-dire les pays et les institutions financières, doivent demander les mêmes conditions au secteur privé.

Par: Aliu Suares Cassama

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