Editorial : JOURNALISME EN GUINEE-BISSAU DANS LA PANDÉMIE POSTE COVID-19

Auparavant, tout journaliste digne de ce nom savait parfaitement qu’en temps de guerre, la première victime était toujours la vérité que la guerre avait déjà commencé. Et on savait aussi très bien comment documenter, établir et vérifier les faits au premier plan de la lutte entre deux pays ou deux factions en confrontation. Mais aujourd’hui, en cette période de crise, d’enfermement et de distance entre les journalistes et les sources d’information, nous risquons beaucoup en pratiquant en Guinée-Bissau un journalisme précipité sans information précise. Dans notre pays, nous vivons à l’époque de la guerre du coronaire – des sources d’information invisibles dont la première victime n’a pas signifié et ne signifiera pas la vérité factuelle des nouvelles produites dans la presse.
Aujourd’hui, le journalisme guinéen en temps de pandémie, vit dans un océan de Cafumbam (« Fake News ») et Cafumbamdade (« Gaslighting »). Cela fait et fera toujours des principes fondateurs du journalisme de plus en plus un des avantages concurrentiels de notre journalisme. D’autre part, elle place les médias et les journalistes guinéens à ce stade de la pandémie en quête de ce qui va changer et de la manière dont le journalisme national évolue. La réponse à ces deux questions est assez complexe car nous ne savons pas encore non plus combien de médias et de journalistes nationaux survivront à cette pandémie de coronavirus. Mais nous pouvons penser à la manière dont les médias et les journalistes nationaux qui produisent aujourd’hui des contenus d’information peuvent changer à l’ère post-covidienne.
À notre avis, si la crise actuelle de la pandémie de covid-19 entraîne la fermeture de nombreuses entreprises de médias en Guinée-Bissau, il y aura inévitablement un grand nombre de journalistes au chômage. Cela conduira sans aucun doute les médias et le journalisme de notre pays à perdre leur écosystème actuel de diversité de l’opinion publique démocratique. Et plus les médias et les journalistes seront petits, moins il y aura de diversité dans l’opinion publique démocratique dans notre sphère publique. Et plus la diversité de l’opinion publique démocratique sera réduite, plus la classe politique aura un contrôle politique et économique sur la production d’informations.
À notre avis, les informations que les médias et les journalistes guinéens produiront dans l’ère post-pandémique de la covid-19 dépendront largement de leur nouvel écosystème de production de contenu d’information. Il est certain que dans l’ère post-covid19, il y aura beaucoup moins de journalistes dans les salles de rédaction. Il reste à voir si, avec ce petit nombre de journalistes, il y aura un changement profond dans la production de contenus d’information destinés à la consommation en Guinée-Bissau.
En Guinée-Bissau, nous vivons dans un océan de Cafumbam et Cafumbamdade, qui sont des phénomènes sociaux qui ont profondément changé la production de contenu journalistique ces dernières années. Notre classe politique a profité de ces deux phénomènes pendant la crise du contentieux électoral pour répandre des rumeurs, de la désinformation et une panique sociale dans tout le pays. Cela a permis la manipulation psychologique des électeurs dans notre espace littéraire public et les a amenés à adhérer aux idéologies des partis politiques. Aujourd’hui, le pays est profondément segmenté en groupes d’intérêts politiques conflictuels qui remettent en question notre réalité socio-économique et culturelle d’une manière différente.
Il est triste aujourd’hui, par exemple, de savoir que lorsque tous les Guinéens voient de leurs propres yeux qu’une question particulière d’intérêt pour l’État est blanche, les dirigeants de nos partis disent qu’elle est noire. De plus, ils disent d’une voix forte qu’il est noir brillant et ils s’accusent mutuellement de Cafumbam et Cafumbamdade. Cela conduit notre propre sphère publique littéraire à s’interroger sur la santé mentale de notre classe politique.
Les médias et le journalisme guinéens, en cette ère d’enfermement et de détachement des sources d’information qui suit la crise, ne continueront à avoir un intérêt public que s’ils parviennent, avec moins de journalistes dans la salle de rédaction, à produire des contenus d’information rapides et précis avec toutes les données nécessaires à la consommation. Mais s’ils continuent à produire des informations avec de longues histoires sans les principes fondateurs du journalisme, ils auront du mal à suivre le nouvel écosystème mondial du journalisme dans l’ère post-pandémique covid-19.
En fait, le journalisme guinéen ne devrait pas acheter, dans l’ère post-covidienne, le succès des nouveaux modèles d’écosystème de production d’informations dans d’autres pays du monde. Même ceux des pays de notre sous-région, car ces modèles seront toujours basés sur une géométrie variable distincte de la réalité de notre pays. Les médias et les journalistes de Guinée-Bissau devront trouver un nouvel écosystème qui leur soit propre, adapté à leur réalité sociale de production de contenus pour la consommation de leur population.
Auteur : António Nhaga
Directeur général du journal

Odemocratagb.com

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